01 février 2014

Survivre!

Depuis le best-seller de la famille Robertson, après le très beau récit de Tavae, "Si loin du monde", et parmi les quelques découvertes annuelles de naufragés dérivant pendant des temps considérables, celle-ci dépasse probablement tout ce qu'on a pu connaître jusqu'ici.

 

Ebon Marshall

Paru dans "le Marin" le 01/02/ 2014,  et dans d'autres médias; Un naufragé affirme avoir dérivé dans le Pacifique depuis septembre 2012.

Seize mois sur une coque de 7 mètres, son coéquipier mort pendant la dérive, que devient la vie dans une telle épreuve?  D'abord le battement d'un coeur, la morsure du soleil, la sensation permanente de faim, la peur de ne pas pêcher. Et ensuite, quelles questions viendraient nous hanter, et quelles réponses y trouverions nous pour, les jours de pleine conscience, décider de ne pas mourir? Vu de terre, mon estomac plein et du wifi plein mon air, je me persuade que je m'adapterai, et qu'avec de la chance j'éviterai la tempête ultime, que je recevrai quelques pluies, et peut être aussi que je croiserai la route d'un sauveteur. Il faut bien croire à la chance pour aborder un tel sujet. Ceux qui n'en ont pas eu n'en parleront pas. 

N'empêche qu'elle se prépare, la chance, et qu'il vaut mieux la mettre de son coté dés l'appareillage. Les Inmarsat, Iridium et autres moyens de communication devraient fonctionner et éloigner définitivement le risque, mais qu'en est il en fait?

J'ai croisé dans le pacifique un bon gars sympa. En panne de moteur, son bateau s'est retrouvé stoppé par les algues et anatifes qui avaient colonisés sa coque en une quinzaine de jours de calmes (pas d'antifoulig non plus, trop cher). Parti depuis 40 jours de Panama, il avait juste passé les Galapagos, sans les voir ni pouvoir y aborder. Rien d'étonnant près de cet archipel où les courants et le vent sont malicieusement contraires. Plus d'électricité à bord, plus de moyens de communication, mais aussi presque plus d'eau et peu de vivres. Il commençait à parler aux oiseaux, qui tombaient parfois sur le pont, assommés par le mat au moment d'un coup de roulis. Faute de tabac il fumait son thé roulé dans les pages du carnet de bord... 40 jours seulement! Et encore 2500 milles pour la Polynésie. 

Les amis qui l'ont secouru en ont été marqués, car il y ont vu un possible qui ne les avait jamais effleuré, tant leur bateau était préparé, solide, tant ils étaient sûrs d'avoir tout prévu. Après avoir caréné sa coque en plongée, partagé leur avitaillement, ils ont repris la route et nous avons retrouvé notre solitaire quasi-naufragé à Tahiti trois mois plus tard, en train de changer son moteur. 

Au delà de l'aspect matériel, qui nous trahira forcément un jour, la connaissance et le savoir sont des atouts qu'un marin au long cours doit cultiver et mettre à jour. Je ne doute pas que le marin mexicain n'ait eu une excellente connaissance de la mer, et dans sa culture des dizaines d'histoires semblables, et je veux croire que c'est ce qui l'a sauvé. Probablement pas uniquement, car le Mexique est aussi terre de religion et qu'on sait que la foi aide dans ces circonstances, mais qui croit encore qu'elle suffit? 

Parce qu'il ne faut pas céder à l'angoisse dans les moments critiques, la préparation d'un long voyage passe aussi par une phase où il est bon de s'identifier, dans son canapé avec un bon bouquin, à ces marins qui ont survécu contre toute logique terrienne. Il paraît que la météo est exécrable en Europe ces temps-ci, profitez-en.

Alex

 

 


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